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A partir du XVIIIème siècle, les sultans tournent leurs yeux vers l'Europe. Palais et mosquées affectent une recherche d'élégance inédite : la fontaine d'Ahmet III, le palais des Miroirs, la mosquée d'Ortaköy...
En longeant Sainte-Sophie, juste devant l'entrée de la porte du palais Topkapi, se trouve ![]() ![]() Le palais des Miroirs, Aynalikavak (Reflet du Peuplier), est un ![]() Ouvert tous les jours, sauf lundi et jeudi, de 9 h 30 à 16 h 30
![]() Côtoyant une église et une synagogue, la mosquée d'Ortaköy, véritable bijou rococo, dessinée par l'architecte de Dolmabahçe, contraste avec les lignes élancées du pont qui enjambre gracieusement le Bosphore depuis 1973. La mosquée, construite en 1854, se mire dans les eaux ![]() ![]() |
Quelques explications |
Le sébil : en Orient, l'aumône la plus belle est, dit-on, celle de l'eau. Le mot sabīl (la voie de Dieu), devenu sébil, désigne, depuis le Moyen Âge, une fontaine publique. Il désigne, en turc, ces fontaines de donations où étaient accrochées par une chaînette des petits bols pour permettre aux passants de se désaltérer, ce qui a donné dans le vocabulaire français la sébile utilisée pour mendier. Le mot turc s'attache donc plutôt à l'offre charitable mise à la disposition de ceux qui en ont besoin, à la distribution d'un bien précieux et vital, l'eau, magnifiée par une mise en scène monumentale, alors que le mot français a retenu la demande, la quête, l'obole que réclament les plus démunis pour survivre et désigne l'accessoire du mendiant, symbole de son extrême pauvreté. |
ART - L'art au temps des sultans |
L'image selon laquelle les premiers grands sultans étaient des sortes de barbares destructeurs, vindicatifs et fanatisés est une vue de l'esprit propagée par l'Occident. En réalité, seule la religion distinguait vraiment les souverains ottomans de leurs contemporains de la Renaissance. Mehmet II (1451 - 1481) est un passionné d'histoire et un grand amoureux de la peinture occidentale. Amis des arts, il invite à sa cour de nombreux artistes italiens, comme le peintre vénitien Gentile Bellini qui restera quinze mois à Constantinople. Ce dernier réalisera, entre autres, le portrait du sultan. Beyazit II (1482 - 1512) tentera d'attirer Léonard de Vinci pour faire construire un pont sur la Corne d'Or. Son fils Selim Ier (1512 - 1520) renouvellera cette offre à Michel-Ange.
Le règne de Soliman le Magnifique coïncide avec l'apogée de l'art ottoman. A cette époque, Sinan, conduit l'architecture à sa perfection tandis que les ateliers d'enluminures se multiplient au sérail de Topkapi. La plupart des souverains du XVIIème et du XVIIIème siècle passent leur vie à embellir le palais de Topkapi et à organiser des fêtes. Ils s'intéressent, généralement, à tout autre chose qu'à la politique, à l'image d'Ahmet III (1703 - 1730), grand amateur de femmes, d'oiseaux et de tulipes, dont le règne prendra le nom de "ère des Tulipes". Au XVIIIème siècle, faute de trouver une inspiration nouvelle sur place, on se tourne vers l'Occident et le style qui y fait fureur : le style rococo. Cette esthétique s'applique timidement dans les mosquées mais surtout dans les bâtiments publics, au palais de Topkapi, en premier lieu. On attribue à Ibrahim Pacha, grand vizir et gendre d’Ahmet III le goût pour les tulipes. Il en avait un grand parterre dans sa maison de campagne, sur la rive du Bosphore. Il fit illuminer ce parterre, ce qui impressionna le sultan qui décida d’organiser la même célébration au palais de Topkapi tous les ans, sous le nom de Lalè-Tschiraghany (illumination des tulipes) Le règne d’Ahmet III (de 1703 à 1730) qui se caractérise par une relative stabilité, est appelé “Lâle devri“, l’ère des tulipes.
Ahmet, dans le luxe effréné de la cour, menait une vie d'un raffinement extrême. Dans les jardins de Topkapi était organisée la fête annuelle des tulipes, en deux soirées consécutives, en avril. Le sultan fit planter, dans le petit jardin de la quatrième cour, des parterres de tulipes mis en valeur par des lumières placées derrière des globes de verre remplis de liquides colorés. Des esclaves dansaient et des récitals de poésie et de musique étaient prévus. La première imprimerie fut ouverte à cette époque. Les faïences de Iznik et Kütahya reprirent du service. L'engouement pour les tulipes se traduisit dans les carreaux de céramique (çini) et les décors peints des édifices ottomans comme dans l'oeuvre des poètes et artistes de la cour. Ahmet fit redécorer une petite pièce proche du harem : la salle des fruits d'Ahmet III. Cette salle de style baroque turc contient d'innombrables vases de fleurs avec des compositions d'oeillets de roses, d'iris, de tulipes et diverses fleurs. Des coupes de fruits, d'oranges et de fruits sont placés sur une frise calligraphiée. La bibliothèque du sultan, placée au centre de la troisième cour, est de type classique enrichie de quelques touches propres à l'ère des Tulipes. Elle était ouverte les lundi et les mercredi. Les lecteurs pouvaient emprunter les ouvrages à condition de ne pas les sortir du palais. Une fontaine de type rococo fut édifiée à la gloire de l'eau dans une rue proche de la Porte Impériale. Ce monument qui porte l'inscription "bois cette eau et dis une prière pour le sultan Ahmet" lança la vogue des fontaines monumentales. Le sultan fit construire à Kagithane, un quartier d'Istanbul, un vaste palais qu'il appela Sâdâbâd (le palais du bonheur). Ce palais fut ouvert le 21 juillet 1722 et de grandes festivités furent organisées à cette occasion. Des édifices et palais privés fleurirent dans tout Istanbul. Toute la ville devint un grand jardin de tulipes : dans les boutiques, les bazars, les fenêtres des maisons, les palais privés, partout. Il fit la promotion des oeuvres des poètes ottomans qui s'inscrivaient dans l'esprit euphorique de la période des Tulipes. La littérature créa des voies nouvelles. Elle créa un genre purement ottoman et rejeta l'influence de l'orient. Ahmet Nedim, le grand poète du Divan de l'époque, divertit le sultan et la cour. Ahmet III fut renversé en 1730 par des officiers à la suite des défaites subies face aux Iraniens. Ainsi prit fin l'ère des Tulipes.
Les tulipes et la littérature française Louis Martin, Le langage des fleurs, 1830 Tulipe |
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